Welcome to my Garden: une bonne idée pour dormir en itinérance ?
- il y a 23 heures
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C’était un bivouac sauvage sans vraiment l’être. J'avais franchi le portail en étant accueillie par des poules et un coq comme seuls gardiens du lieu. Ma tente installée, je lançais ma routine de bivouac avec le sentiment d'être une clandestine.
C’est un peu ça, le trail en itinérance. On planifie, on avance, et parfois on arrive quelque part sans trop savoir ce qu’on va trouver.
Le principe derrière Welcome To My Garden

Welcome To My Garden, c’est une plateforme simple.
Des particuliers proposent un bout de leur jardin à des voyageurs qui se déplacent à pied ou à vélo.
Les voyageurs lents comme on dit.
Pas d’hôtel, pas de camping avec réception et tarif affiché.
Juste quelqu’un qui dit : tu peux poser ta tente ici.
Parfois il y a de l’eau, parfois des toilettes, parfois rien de tout ça. Et les principes du Leave no Trace s'appliquent.
C’est gratuit ou presque. Les frais de plateformes obligent.
C’est basé sur la confiance. Et ça répond à un vrai problème : quand on marche plusieurs jours d’affilée, trouver un endroit légal et abordable pour dormir, ce n’est pas toujours évident. Surtout en Belgique où le bivouac sauvage est interdit.
Lors de mon trail en itinérance sur le GR412, j’ai eu l’occasion de tester deux fois. Deux nuits. Deux expériences qui n’avaient presque rien en commun.
Une première nuit sous les pommiers

La première, c’était dans un village à la fin de ma première étape.
Une hôte m’attendait.
Dès que j’ai franchi le portail, j’ai senti que quelque chose était différent. Elle avait préparé un espace dédié, sous des pommiers, avec un gazon propre et entretenu. Une petite cabane avec des toilettes sèches et un lavabo. Tout avait été pensé.
Rien de luxueux, juste l'essentiel.
On a parlé. Elle avait envie de discuter, de savoir d’où je venais, où j’allais.
Ce genre de conversation qui se fait naturellement quand les gens sont vraiment curieux des autres.
Ce soir-là, j’avais oublié de me ravitailler avant d’arriver. J’aurais dû repartir chercher de l’eau pour préparer mon petit déjeuner du lendemain. Elle m’a proposé une banane, du lait pour mon muesli, et deux œufs durs de son poulailler.
Sans que je demande. Juste comme ça.
J’ai eu froid dans la nuit. Mais je me sentais bien là. À ma place. En sécurité dans ce jardin qui n’était pas le mien.
Une deuxième expérience beaucoup plus froide

La deuxième nuit, c’était dans un autre village, à la fin de la troisième étape.
Une autre hôte.
L’annonce indiquait que je pouvais arriver à n’importe quelle heure, que le jardin était accessible.
J’avais quand même envoyé un message pour préciser mon heure d’arrivée. Pas de réponse.
Je suis arrivée devant la maison. J’ai toqué. Sonné. Personne. La grille était ouverte. Il y avait des poules, un coq, un potager, et un petit bout de gazon un peu cabossé, avec des pics pics.
C’était l’endroit indiqué pour planter la tente.
J’ai cherché un coin éloigné des pics pics. Ma tente est petite, j’ai réussi à la caser contre un arbuste, près de la clôture. Ça allait.
Mais je me sentais étrangère.
L’annonce mentionnait des toilettes, de l’eau, éventuellement de l’électricité.
En réalité, c’était plutôt comme un bivouac sauvage au milieu d’un jardin de banlieue, avec des voisins de chaque côté.
Dans ce contexte, même les gestes les plus simples deviennent étrangement inconfortables.
Sans avoir rencontré l’hôte, sans repère clair sur l’usage du lieu, je me suis sentie un peu en décalage. Pas en danger. Juste mal à l’aise.
J’ai fini par trouver un petit robinet d’eau potable près du potager.
De l’eau propre. C’était tout ce qu’il me fallait vraiment. J’ai fait ma vaisselle, mon hygiène, rempli mes flasques le matin. Ça, c’était bien.
Mais j’ai gelé. Et je me suis sentie un peu clandestine, même si j’avais le droit d’être là.
Ce que ces deux nuits disent vraiment du concept
Ces deux nuits disent quelque chose d’intéressant sur ce que la plateforme propose réellement.
Ce n’est pas un service. Ce n’est pas une prestation. C’est une mise en relation entre des humains, avec tout ce que ça implique d’imprévisible.
La première hôte avait choisi d’accueillir. Vraiment.
La seconde avait choisi de mettre son jardin à disposition.
Ce n’est pas la même chose. Et les deux sont valables, quelque part. Mais l’expérience vécue, elle, n’est pas la même du tout.
Ce que j’ai compris entre les deux, c’est que le confort physique compte moins que je ne le pensais.
Ce qui m’a manqué dans la deuxième expérience, ce n’était pas vraiment les toilettes.
C’était le sentiment d’exister pour quelqu’un. D’être attendue, même brièvement. Ce petit geste humain qui transforme un bout de gazon en quelque chose de chaleureux.
Une plateforme imparfaite, mais profondément humaine
Malgré tout, je recommencerais. Sans hésiter.
Parce que même la deuxième nuit, avec son inconfort et son malaise, elle fait partie du voyage. Elle dit quelque chose sur la réalité des gens, sur leurs vies, sur ce que partager veut dire pour chacun.
Welcome To My Garden n’est pas parfait. Mais il propose quelque chose que peu de plateformes osent encore : laisser les humains se débrouiller entre eux, avec leurs maladresses et leur générosité mélangées.
Et parfois, au bout du chemin, il y a des œufs durs et une banane qui vous attendent sous des pommiers.

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